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Extraits de la préface

« Parmi les meilleurs et les plus passionnés des généalogistes, quelques-uns se tournent un jour vers l’érudition locale, mettant leur compétence paléographique et leur connaissance des archives au service de l’histoire du village où leur famille a planté ses racines. Jamais, ou presque, ils ne remontent en deçà de l’époque moderne, à cause des difficultés propres aux documents médiévaux, dont la plus évidente est qu’ils sont écrits en latin. Raymond Lonfat, lui, a franchi la barre du XVIe siècle et s’est plongé dans le fonds médiéval prodigieusement riche de l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune, dont il est devenu de la sorte un des meilleurs connaisseurs…

Le premier volume de son ouvrage se conforme aux canons de l'histoire locale, c'est-à-dire qu'il procède village par village, accordant une grande attention à la première apparition documentaire de chacun d'eux, tâchant de retrouver l'origine étymologique de leur nom, cherchant à localiser les édifices disparus et les limites médiévales, par le double moyen du travail d'archives et des recherches sur le terrain…

Remarquable est dans cet ouvrage l'absence de ces catégories abstraites que sont les seigneurs et les paysans, les élites et les marginaux, les riches et les pauvres, etc., et dont les historiens professionnels les moins talentueux – il y en a – font parfois un usage abusif. Ce livre, en effet, fait revivre non des catégories ou des classes, mais des hommes, et son auteur illustre ainsi le mot de Marc Bloch, maître incontesté des études d'histoire sociale du Moyen Âge, pour qui l'historien, comme l'ogre, se nourrit de chair humaine. Par son pointillisme même, cette étude rencontre toute la complexité de la société médiévale, qui est irréductible à des catégories simplistes…

Le deuxième volume est consacré à l'histoire des familles entre les premières décennies du XIIIe siècle et la grande peste (1349). Cette période est d'un intérêt considérable car elle correspond, dans les Alpes du nord, à ce que le médiéviste français Robert Fossier a appelé la «naissance du village». Par cette expression il ne faut pas entendre l'apparition des premiers villages alpins – qui datent, comme ceux des plaines, du néolithique – mais la naissance de nos villages, ceux que nous connaissons encore aujourd'hui, avec leur église, leur cimetière, leur terroir, et leurs limites que les paroisses ont léguées aux communes…

Moyennant l'usage fréquent des adverbes «probablement» ou «vraisemblablement», Raymond Lonfat aboutit à une reconstitution convaincante…

… un pareil essai de généalogie paysanne pour les XIIIe et XIVe siècles n'a pas, à ma connaissance, d'équivalent en langue française, ni pour le Valais, ni pour les Alpes médiévales.»

Nicolas Carrier

Maître de conférences en histoire médiévale, Université Lyon 3

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